Barbara Berlusconi ou le népotisme à l’italienne
L’Italie, dont la faiblesse étatique est la cause de bien des maux, assiste aujourd’hui sans rien faire à un acte de pur népotisme, comme on pu en voir l’an dernier en France avec l’affaire Jean Sarkozy à l’EPAD.
Heureusement pour nous, la mobilisation des citoyens, des médias et de la classe politique, même dans le camp sarkozyste, avait eu raison de cette situation honteuse.
En Italie, Barbara Berlusconi, la fille du Président du Conseil, vient d’obtenir, à 24 ans, sa licence de philosophie. Et d’emblée, le président de son université (l’Université catholique San Raffaele de Milan) lui propose rien de moins qu’une chaire, sans compter les courbettes du président de l’université (un prêtre).
C’est une enseignante de San Raffaele qui s’en offusque et publie une lettre de protestation. La traduction de celle-ci a été faite par le service spécialisé de Wikio.
A voir également, un article sur le sujet dans le Guardian (en anglais).
Voici cette lettre :
J’enseigne la philosophie de la personne à la faculté de Philosophie de l’Université Vita Salute San Raffaele. J’écris ces lignes pour dire : ce n’était pas en mon nom. Ce n’est certainement pas en mon nom que notre recteur, don Luigi Verzè, prenant la parole, comme il en a le droit, lors de la cérémonie de remise des diplômes, s’est adressé à la seule candidate Barbara Berlusconi, qui terminait son parcours triennal, pour lui demander si elle estimait envisageable la création d’une faculté d’Économie à San Raffaelle fondée sur la pensée de l’auteur sur lequel portait son mémoire (Amartya Sen) et l’invitant à enseigner dans cette faculté. Ceci en présence du Président du Conseil, qui assistait à la cérémonie.
J’entends me désolidariser ouvertement et publiquement de ce que je considère comme une violation non seulement du principe d’égalité formelle entre les étudiants, non seulement de la forme et du fond qu’ont pris un acte public comme la cérémonie de remise de diplômes, non seulement de la dignité du corps professoral, que le recteur devrait représenter, mais aussi des exigences d’éthique d’une institution universitaire d’excellence qu’aspire à être, et avec raison, l’Université San Raffaele.
J’entends me désolidariser catégoriquement et publiquement des paroles prononcées et de la logique qui les sous-tend, logique que je combats depuis toujours, comme je combats depuis toujours le corporatisme et les systèmes clientélistes de l’Université italienne, et l’effondrement progressif de tous les critères d’excellence et de mérite, sans parler de celui de l’Université elle-même quand on l’entend comme école de liberté.
Je m’en désolidarise à titre personnel, même si j’espère que le corps professoral désapprouvera de façon unanime pour ce qui s’est passé. Mais je tiens à répéter par cette déclaration et de façon sereine que je ne suis ni par principe, ni de fait, co-responsable du déroulement de cette cérémonie. Ni par principe, pour les profondes divergences d’opinions que j’ai exprimées, ni de fait, parce que je ne figurais pas parmi les membres du jury qui ont statué sur la candidate en question, et ce n’est certainement pas parce que j’avais demandé à en être dispensée.



