Trouver des défauts à Obama ? Yes we can !

   

obamaBarack Obama est, depuis le mardi 20 janvier dernier et sa prestation de serment, le nouveau Président des Etats-Unis. L’événement, considéré comme « historique » – de part la nature du faciès d’Obama, n’aura échappé à personne. Ainsi de cette foule sans précédent de deux millions de personnes qui s’était amassé sur le « Mall » de Washington. Ainsi des centaines de millions de personnes de part le monde qui ont pu y assister en direct, via leur petit écran.

Le paroxysme de l’« obamania » aura été atteint en ce jour. Bien difficile d’échapper, que ce soit dans les journaux, à la télé ou à la radio, aux louanges sans fin proférées à l’endroit du si beau, du si fort, du si séduisant, du si charismatique Barack. Un nouveau président qui serait bourré de qualités, parfait donc, et logiquement promu au rang de messie. Bref, un nouveau président, qui, cela ne se discute plus, changera bien évidemment la face des Etats-Unis et du monde. En clou du spectacle médiatico-politique, il ne manquait que Jack Lang pour annoncer que l’Amérique était passée de « l’ombre à la lumière »…

Il faudrait donc tous s’extasier. Tous jubiler. Tous sombrer dans une aveugle et hystérique idolâtrie.

On pourrait aussi garder sa raison et se donner la peine de regarder de plus près les positions émises et les décisions prises par Barack Obama jusqu’à ce jour depuis un an. On pourrait alors se rendre compte que l’intéressé n’est pas un dieu mais un homme politique comme les autres, avec des qualités… mais aussi des défauts. Et que les raisons de s’inquiéter du personnage sont toutes aussi fortes que les raisons d’espérer.

L’impérialisme américain toujours au programme

On nous annonce ainsi un Obama souhaitant tourner le dos à l’unilatéralisme de ses prédécesseurs. On nous peint même l’image d’un Obama farouchement anti-impérialiste, lorsque, durant son discours d’investiture, il affirme vouloir respecter la souveraineté de chaque nation du monde. En somme, un Obama ami du monde, et en particulier de nous, européens.

La réalité est tout autre. Ainsi, lors sa campagne, il a évoqué à de multiples reprises dans ses discours et interventions sa volonté de voir émerger « un nouveau leadership » pour son pays. Lors de son premier débat avec John McCain, le 26 septembre, il notifia son intention de « restaurer la position des États-Unis dans le monde », sous-entendant sa vocation « naturelle » à l’hégémonie sur la planète.

Loin de vouloir marquer une rupture profonde dans la politique étrangère américaine, il déclara dès mars 2008 que la sienne sera « un retour à la politique réaliste et bipartisane du père de George Bush, de John Kennedy et, à certains égards, de Ronald Reagan ». Ces présidents-ci étaient-ils vraiment de tendres internationalistes, peu enclins à se mêler des affaires des autres, y compris par la force ? On peut se rappeler, pour l’exemple, des interventions militaires de Kennedy à Cuba et de Reagan au Nicaragua, cette dernière ayant même eu l’originalité d’être condamnée par une cour internationale !

Pas belliciste, Barack ?

Obama fut l’un des rares parlementaires américains à voter, en 2003, contre l’intervention de son pays en Irak. Il s’est même prononcé, durant la campagne présidentielle, pour le retour au plus tôt des troupes stationnées là-bas (une promesse qui semble d’ailleurs bien encombrante aujourd’hui, le nouveau président faisant toujours peser le flou sur la date de retour).

Le fait qu’il n’est donc pas « mouillé » dans le désastre irakien suffit pour beaucoup à démontrer qu’il romprait avec le bellicisme trop courant des présidents américains en matière de politique étrangère.

Il se révèle pourtant dans la pure ligne de ses prédécesseurs.

« Je construirai une armée du XXIe siècle et un partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste qui a remporté la guerre froide, afin que nous demeurions partout à l’offensive, de Djibouti à Kandahar » déclara ainsi-t-il lors de la campagne présidentielle.

Il estime en effet que les menaces contre les Etats-Unis ne font que croître, et qu’il faut que son pays s’arme et combat en conséquence.

Il entend ainsi œuvrer à « reconstruire la Défense pour les tâches du XXIème siècle », projetant dans ce but d’augmenter les forces terrestres de 90 000 hommes, et d’investir en masse dans la préparation d’interventions spéciales chargé de contenir des insurrections.

S’il entend donc en finir rapidement avec l’épisode irakien, le nouveau président américain n’est pas exempt de projets belliqueux.

Il estime ainsi nécessaire d’intensifier la lutte, en Afghanistan, contre les Talibans, « responsables des attaques du 11 septembre ». « Guerre juste » à laquelle il souhaiterait une collaboration plus forte des pays européens.

Dans ce cadre, il a en outre déclaré qu’il pourrait être amené à attaquer le Pakistan.

En ce qui concerne l’Iran, il a déclaré en juin dernier, lors d’une rencontre avec l’AIPAC, un puissant lobby pro-israélien, qu’il ferait « tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. Tout ! », n’excluant pas une intervention militaire, s’alignant ainsi sur les positions du gouvernement israélien. La chaîne de télévision NBC nota à ce propos que sa menace « ressemblait aux menaces prononcées par George W. Bush ».

Se déclarant être « véritable ami d’Israël », Obama s’est montré plus royaliste que le roi en proclamant que Jérusalem « restera la capitale d’Israël et restera indivisible ». Position que l’administration Bush n’avait même jamais osé prendre, tant son intransigeance est un frein au règlement de la paix au Proche-Orient, les deux parties ne souhaitant surtout pas céder intégralement cette ville à l’autre.

Cette propension à la manière forte et à l’intransigeance se retrouve aussi dans la composition de son administration. Pour la plupart, ses membres les plus importants sont ainsi liés à de précédentes administrations, et ont été favorables à la guerre en Irak.

Tel Joe Biden, son vice-président, qui, après le 11 septembre, avait suivi la ligne mensongère de Georges W. Bush en affirmant que les Etats-Unis n’avaient « pas d’autre choix que d’éliminer Saddam Hussein ».

Tel son chef de cabinet, Rahm Emanuel, un très intransigeant « pro-israélien » et convaincu d’un nécessaire emploi de la manière forte avec l’Iran.

Telle Hillary Clinton, sa secrétaire d’Etat, bien sûr.

Tels ses conseillers en politique étrangère, Anthony Lake, un ancien conseiller sur la sécurité nationale de l’administration Clinton (l’un des architectes des interventions militaires dans les Balkans et en Somalie) et Dennis Ross, qui a travaillé pour le Conseil de sécurité nationale de Reagan.

On notera enfin son très indécent acoquinement avec Colin Powell, ancien chef d’état-major des armées américaines, ancien secrétaire d’Etat de Georges W. Bush, qui lui apporta son soutien après l’avoir courtisé pendant des mois. « Ce matin, un grand soldat, un grand homme d’Etat et un grand Américain s’est rallié à notre campagne pour changer l’Amérique » déclara Obama le 27 octobre dernier. C’est le discours fallacieux de ce « grand homme » devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, le 5 février 2003, qui a servi de prétexte à l’administration Bush de déclencher l’agression contre l’Irak, à l’origine de plus d’un million de morts. C’est aussi ce « grand homme » qui s’était distingué en faisant tout pour dissimuler le massacre de My Lai au Vietnam.

Obama, un progressiste ?

Cela ne se discute plus, Obama est un grand progressiste. Ses origines, son passé de travailleur social et sa compassion envers les pauvres américains en seraient ainsi la preuve flagrante. N’a-t-on pas entendu Sarah Palin, la candidate républicaine à la vice-présidence, l’accuser d’être un « socialiste » ?

Obama a en effet souvent été comptabilisé parmi l’« aile gauche » d’un Parti démocrate dominé par des « centristes » tantôt pragmatiques, tantôt conservateurs, dont peu ou pas grand chose ne les distingue des républicains. Cela n’en fait pas pour autant un « socialiste » ou un homme « de gauche » au sens où on peut l’entendre en Europe, et surtout en France.

Sur les questions « sociétales », il reste un partisan de la peine de mort, pour les crimes les plus graves, comme le viol d’enfants – ce qui en ferait, en France, un méchant « réac » -, et ne souhaite pas toucher au deuxième amendement de la Constitution américaine, qui autorise le port d’armes.

Sur les questions sociales, Barack Obama a toujours été un libéral, opposé à un Etat-providence à la française. Il ne désire pas transformer le système, il désire le corriger là où il pèche le plus gravement, on pense aux inégalités de revenus, à l’extrême pauvreté d’une couche de la population. Au risque de rester, comme souvent les démocrates l’ont été au pouvoir, dans la compassion purement verbale, et de ne pouvoir agir concrètement.

Ce qui n’a pas l’air de le gêner, lui qui, dans son livre-programme, L’Audace d’espérer, rend hommage à l’ancien Président Bill Clinton pour avoir « extirpé du Parti démocrate certains des excès qui l’empêchaient de gagner les élections ». Par excès, il faut entendre l’excès d’idées un peu trop radicales, un peu trop révolutionnaires, un peu trop progressistes, qui l’éloigneraient des couches américaines les plus conservatrices. On se souvient que Bill Clinton, qui mit à sac le budget fédéral pour tenir ses menées bellicistes, ne tint pas sa promesse de créer une couverture maladie universelle. Barack Obama, qui promet la même chose, et également d’être très actif sur la scène internationale, suivra-il la même voie ?

C’est ici toute l’ambivalence d’un Obama qui se veut progressiste et être l’acteur d’un changement profond, tout en recherchant l’unité et le rassemblement du peuple américain autour de sa politique. Quitte à ne fâcher personne, et, au final, ne rien changer.

Plein de compassions pour les plus pauvres, mais pas un mot pour ceux qui les affament.

Vouloir changer l’Amérique tout en proclamant se reconnaître dans certaines valeurs des républicains.

Obama est surtout un formidable pragmatique.

Et si c’était cela son plus grand défaut ?

Jérôme Lagae

A lire aussi sur Le Volontaire :

Marqué: ,






1 commentaire

  1. Voici les 20 principaux contributeurs de chaque candidat, OBAMA et MC CAIN.

    Je remarque deux choses.

    1- Première chose : les sommes données par les 20 principaux contributeurs à OBAMA sont beaucoup plus importantes que les sommes données par les 20 principaux contributeurs à MC CAIN.

    2- Seconde chose : quand une banque d’affaires donnait de l’argent aux deux candidats, elle donnait deux à trois fois plus d’argent à OBAMA.

    Exemples : Goldman Sachs a donné 228 695 dollars à MC CAIN, mais 874 207 dollars à OBAMA.

    JPMorgan Chase a donné 215 042 dollars à MC CAIN, mais 581 460 dollars à OBAMA.

    Citigroup Inc a donné 296 151 dollars à MC CAIN, mais 581 216 dollars à OBAMA.

    Morgan Stanley a donné 262 777 dollars à MC CAIN, mais 425 102 dollars à OBAMA.

    http://dechiffrages.blog.lemonde.fr/files/2008/11/les-20-principaux-contributeurs-de-chaque-candidat.1225816529.pdf

Laisser un commentaire