Période de vacances…

Nous arrivons au mois d’août, véritable climax de la période de vacances, y compris pour les politiques qui vont déserter le territoire national…
Le Figaro traite déjà l’actualité de la rentrée avec un article sur les dossiers chauds de cet automne Libération profite de la désertion estivale de ses internautes pour écrire n’importe quoi contre la loi sur la burqua. On l’aura compris, traiter l’actualité de cette période de torpeur ne devrait pas être d’un intérêt démesuré sauf événement majeur.
En attendant, il y aura toujours des publications sur Le Volontaire même si elles risquent d’être moins liées à l’actualité directe, quelques publicités, des vidéos, des liens vers ce qui aura pu être trouvé d’intéressant sur la Toile.
On en profitera pour se reposer, revenir sur ce qu’on n’a pas pu faire dans l’année, découvrir certains livres, prendre le temps de réfléchir et de se questionner… Pour ceux qui sont en vacances !



1789 – 2009.
La nuit du 4 au 5 août 1789 constitue la scène inaugurale majeure de l’histoire de la France moderne et du récit national. Trois semaines après la révolte parisienne et la prise de la Bastille, l’Assemblée constituante met à bas l’édifice multiséculaire de l’Ancien Régime. En quelques heures de transe collective, ce sont tous les privilèges de l’aristocratie, de l’Eglise et des provinces qui sont abolis. Et remplacés par le principe – révolutionnaire, au sens strict du terme – de l’égalité de tous devant la loi.
Certes, il faudra de longues décennies et quelques autres révolutions, violentes ou pacifiques, pour que ce principe s’inscrive, peu ou prou, dans la réalité sociale du pays. La nuit du 4 août, pourtant, continue à imprégner en profondeur l’imaginaire du pays. Pour une raison bien simple : plus de deux siècles après ce « grand soir » égalitaire, la France paraît tout aussi corsetée, fractionnée et sclérosée par l’existence de privilèges. Autrement dit, pour s’en tenir à une définition qui évitera les anachronismes, d’avantages échappant à la loi commune accordés à des catégories de citoyens.
Des exemples ? Ils sont nombreux et touchent à l’essentiel.
Le principe fondamental de l’égalité devant l’impôt a volé en éclats depuis belle lurette, sous l’effet conjugué des exemptions, « niches » et « optimisations » fiscales. Sans parler du « bouclier fiscal », voté à l’été 2007, et qui a permis aux mille plus gros contribuables français de recevoir de l’administration, cette année, un chèque moyen égal à trente années de smic (350 000 euros).
Tout aussi essentiel, le principe d’égalité devant l’école, établi par la République un siècle après le 4 août 1789, n’a pas davantage résisté aux logiques implacables de l’élitisme scolaire et social, au détriment de la méritocratie affichée. Chacun le sait, et chaque famille s’y emploie : les diplômes les plus prestigieux et valorisés sont trustés par les enfants des milieux les plus favorisés, ajoutant le privilège du patrimoine culturel à celui du patrimoine financier.
Quant à l’entreprise, les polémiques sur les bonus, primes et « parachutes » divers, dont bénéficient certains dirigeants, ont démontré, de façon choquante, que la notion même de privilège n’y est pas un vain mot. Là, comme ailleurs, les avantages exorbitants réservés à tel ou tel ne peuvent être vécus par les autres que comme de profondes injustices.
Comme dans le reste de la société, comme le 4 août 1789, c’est l’un des principes mêmes de la démocratie qui est en jeu. Et qui est à réinventer.
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/08/03/1789-2009_1225220_3232.html